Métier de chef de projets web : missions, compétences, salaire…
Cheffe de projets web Salaire
De 40 à 80 K€ brut/an selon expérience, prime possible équivalente à 1 mois.
Cheffe de projets web Formation
Niveau master, école d’ingénieurs, de communication ou gestion de projet web. Certifications utiles.
Cheffe de projets web c’est quoi
Pilote des projets web : analyse, conception, suivi coût/qualité/délais, coordination équipe.
Notes du podcast et liens utiles :
Notre invité : Emeline Parizel – Profil LinkedIn
Interview faite par : Bertrand Jonquois – Profil LinkedIn
La transcription de l’interview d’Emeline Parizel, cheffe de projets web
Bertrand
Merci beaucoup Emeline d’avoir accepté l’invitation du Gagne-Pain. Tu es cheffe de projet Web chez Klee Group Nous allons regarder cela dans le détail. Mais avant ça, peux-tu te décrire en quelques mots ?
Emeline
Oui, j’ai 33 ans. J’ai passé les 15 premières années de ma vie en Lorraine, mais en cours de scolarité, je suis arrivée à Paris pour passer mon baccalauréat en même temps que mon frère et ma sœur.
Bertrand
Alors ça, je m’arrête, parce que c’est quand même étonnant. Tu es une triplée, donc tu as un frère et une sœur jumelle ?
Emeline
Oui, et on a passé notre bac en 2007, tous les trois, dans trois lycées différents, dans trois villes différentes.
Bertrand
Excellent. Après, qu’as-tu fait ?
Emeline
J’ai fait une classe préparatoire aux grandes écoles, la filière physique techno, qui m’a permis d’intégrer sur concours l’École d’ingénieurs Télécom Paris. D’ailleurs, c’est un petit clin d’œil du destin puisque c’est une école d’ingénieurs qui prépare à l’informatique. J’ai créé mon site Internet sur les chevaux à l’époque du collège, à 14 ans, donc petit retour aux sources…
Bertrand
Excellent. Avais-tu déjà cette fibre ?
Emeline
Oui
Bertrand
Merci Emeline. Est-ce que maintenant tu peux nous présenter ton parcours professionnel, c’est-à-dire tes expériences avant l’entreprise dans laquelle tu travailles aujourd’hui ?
Emeline
Oui. Je pense à trois stages. Deux stages que j’ai faits pendant une année de césure. Un stage de six mois chez Orange et un deuxième stage de six mois également dans une agence d’ingénierie culturelle en pilotage de projets Web.
Bertrand
Et après, tu retournes sur les bancs de l’école ?
Emeline
Oui, à HEC Paris, pour obtenir mon diplôme. Et, puis, je trouve mon premier CDI et j’évolue depuis neuf ans chez Klee Group et on aura l’occasion d’en parler.
Bertrand
Exactement. On va s’arrêter deux secondes sur Klee Group. Qu’est-ce que fait cette entreprise ? Et, tu y fais quoi ?
Emeline
C’est une Entreprise de Services du Numérique (ESN) qui compte environ 800 personnes en France. Entreprise de services numériques, ça veut dire concevoir et réaliser des applications métiers et des services Web.
Bertrand
Qu’on appelle ca une ESN ?
Emeline
Exactement, et moi, je suis dans une entité qui s’appelle Klee Interactive, qui est l’agence Web du groupe. Et, donc nous, on se focalise sur la création de site Internet, de sites intranet et d’applications mobiles pour différents clients.
Bertrand
D’accord. Et, toi, tu es particulièrement sur un secteur qui te plaît ?
Emeline
Oui, je me suis positionnée très rapidement sur des clients du secteur culturel, associatif et sportif. Des secteurs qui me font vibrer à titre personnel. Par conséquent, j’aime particulièrement travailler pour ces clients.
Bertrand
Emeline, est-ce que tu peux maintenant décrire ton activité et plus particulièrement tes missions au sein de Klee Group ?
Emeline
Oui, alors je pilote des projets Web pour différents clients et ça se traduit concrètement par trois missions. Ces missions suivent le déroulement classique d’un projet. Pour commencer, l’avant-vente. Dans un second temps, la conception fonctionnelle. Et, troisièmement, c’est la vie du projet, le suivi d’un triptyque coût, qualité et délai.
Bertrand
Si on revient sur la première mission, la phase d’avant-vente, ça veut dire quoi concrètement ?
Emeline
Ça veut dire qu’on reçoit une consultation publique ou privée. Un cahier des charges de la part d’un client et on va essayer de formuler une offre, la meilleure offre possible, en termes de prix, en termes de moyens humains, en termes d’organisation projet. On va préparer cette réponse sous PowerPoint qu’on va être amené à défendre en soutenance souvent, de vive voix. Là, on va rencontrer pour la première fois notre prospect qui sera notre futur client.
Bertrand
Après, on a une deuxième mission qui est les spécifications fonctionnelles. Là, on a déjà gagné ce client et on lui propose des choses ?
Emeline
Oui, le projet est signé. On va faire des ateliers de travail avec différents experts et expertes. La conception fonctionnelle, c’est un de ces ateliers où mon objectif, c’est de traduire le besoin du client dans des écrans et des règles de gestion. On va préciser combien il y a d’écrans, de gabarits, sur quoi on clique, qu’est-ce que déclenche le clique sur un écran, sur un bouton, etc…
Bertrand
D’accord. Après, dans la troisième mission, tu as dit le triptyque coût/ délai/qualité. J’aime bien ça. Comment ça se passe ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
Bertrand
L’objectif, c’est de livrer un projet dans les temps, dans un budget imparti et avec une qualité qui est certaine. Donc maintenant, on va tester ce qu’on a développé. Alors, on teste tous les écrans, les boutons, tous les cas fonctionnels qu’on a imaginés et on va déclarer des tickets d’anomalies sur un outil de ticketing. Nous utilisions Jira pour le faire.
Bertrand
D’accord. Là, cet outil s’adresse aux développeurs qui vont faire les modifications ?
Emeline
Oui. Et, le client rejoint aussi cette plateforme quand il va faire sa propre recette, qui est la phase de test du projet.
Bertrand
D’accord. Pour s’assurer qu’on va bien jusqu’au bout et que ça correspond bien à ce qui était prévu ?
Bertrand
Oui, c’est ça.
Bertrand
Ok. Dans ton travail, Emeline, il y a une notion d’engagement forte, que tu as évoquée quand on a préparé cette interview. J’aimerais bien que tu nous expliques ça. Quels sont tes engagements pour le numérique ?
Emeline
Je pense qu’on ne peut plus travailler dans le numérique sans penser à un numérique responsable. Je pense que c’est un sujet qui intéresse beaucoup de gens. Le numérique responsable, c’est créer des services Web pour toute une population, donc des services accessibles, mais c’est aussi étudier l’impact environnemental du numérique.
Bertrand
Ce qu’on appelle l’écoconception ?
Emeline
L’écoconception, c’est une toute petite partie du numérique responsable. Moi, concrètement, comment j’agis sur le numérique responsable ? J’aide déjà de l’intérieur mon entreprise à se transformer et à proposer des offres responsables. De ce point de vue. Là, on va effectivement agir sur le volet écoconception des services numériques. Mais à titre personnel, je suis aussi investie dans l’association La fresque du numérique et qui veut sensibiliser les citoyens, le grand public, les professionnels et également les scolaires, les étudiants à l’impact environnemental du numérique.
Bertrand
Donc maintenant, on élargit le spectre, on n’est plus juste dans une entreprise, on va vraiment, disons, vers les citoyens au sens large ?
Bertrand
Oui, c’est important parce que, au niveau de l’entreprise, je peux agir sur les services qu’on conçoit et qu’on réalise. Mais en réalité, la majeure partie de l’impact du numérique aujourd’hui, ce qui se situe sur les terminaux utilisateurs, ce qu’on a dans les mains, nos smartphones, nos ordinateurs, etc.
Bertrand
Bien sûr, c’est ça qui consomme le plus. Tu t’investis personnellement et en dehors de tes heures de travail, tu animes des fresques du numérique, n’est-ce pas ?
Bertrand
Oui, j’en anime soit le week-end, mais également sur le temps de travail pour les clients. Dans mes engagements, j’ajouterais un deuxième engagement sur la mixité. Puisqu’on est dans un domaine qui est quand même très masculin encore aujourd’hui. Là, je suis dans une autre association qui s’appelle Quelques femmes du numérique et qui valorise, par le portrait photographique, les métiers de femmes dans le numérique.
Bertrand
Ça produit des semaines chargées. Est-ce que maintenant, tu peux nous dire pourquoi tu as choisi ce métier de cheffe de projet Web ? Comment ça s’est passé et pourquoi ?
Emeline
C’était assez naturel parce que j’ai eu l’occasion de faire des stages, on l’a dit, dans ce domaine-là. C’était assez évident pour moi, et principalement car ça me permet d’être en interaction avec beaucoup de personnes, beaucoup de métiers différents. C’est une grande richesse, ce métier.
Bertrand
Le Petit Prince disait « créer des liens ». C’est la même chose ?
Emeline
Oui, c’est ça, c’est beau. Des liens entre nous, entre collègues, mais également des liens avec nos utilisateurs et nos utilisatrices.
Bertrand
Emeline, est ce que tu pourrais nous indiquer quelles sont les trois principales compétences d’une Cheffe de Projet Web ?
Emeline
Je dirais qu’il faut être organisée, avoir une bonne résistance à la pression et être un bon communicant ou une bonne communicante.
Bertrand
Organisée, pourquoi ?
Emeline
Parce qu’on peut être amené à gérer plein de projets en même temps et donc il faut savoir jongler entre ces différents projets.
Bertrand
Résister à la pression, ça veut dire quoi ?
Emeline
Ça veut dire respecter les deadline (les dates limites). Il faut livrer en temps et en heure. Ensuite, on a le client qui met la pression, on a les collègues stressés.
Bertrand
Gérer aussi une équipe ?
Emeline
Derrière soi. Oui, on reste des humains.
Bertrand
Et puis après, tu dis communication ?
Emeline
Oui, je fais un parallèle avec le métier de traducteur parce qu’il y a du vocabulaire, il y a un jargon dans le métier. Et, nos clients et nos clientes n’ont pas forcément, ne maîtrisent pas forcément ce vocabulaire.
Bertrand
D’accord, un rôle de décodeur. Quelle est la tâche qui te plaît le plus et celle qui te plaît le moins ?
Emeline
Celle qui me plaît le plus, elle n’arrive qu’une seule fois par projet. Elle n’arrive pas quotidiennement, c’est le moment de la mise en ligne. C’est le fait de voir le site actif avec les contenus réels. D’observer des utilisateurs et des utilisatrices consulter le site. On a parfois accès aux statistiques et on voit que le service rend vraiment service.
Bertrand
Ensuite, la tâche qui me plaît le moins ?
Emeline
Je dirais que c’est prendre des risques, notamment en début de projet. Quand on ignore encore comment le projet va être fait. C’est lié à la nature de mon métier, puisque c’est un métier non spécialisé. Je ne suis pas une spécialiste, je ne suis pas une experte. Je suis plutôt une généraliste, donc je touche à tout, mais sans être experte.
Bertrand
D’accord, il y a parfois des choses que tu maîtrises pas, il faut quand même les présenter aux clients ?
Bertrand
C’est ça, tu dois prendre des décisions et prendre des risques. Ok, attention, QGP, la question Gagne-Pain. Combien ça gagne, une cheffe de projet Web ?
Emeline
Je dirai une fourchette et on va dire entre 60 et 80 K€ bruts annuels.
Bertrand
D’accord.
Emeline
Attention ce n’est pas ce qu’on gagne quand on sort d’école. Personnellement, le métier de cheffe de projet Web, c’est un métier passion et j’ai accepté d’être embauchée en deçà de ce qui est normalement le salaire à la sortie d’école d’ingénieur. J’ai été embauchée à 30 K€ brut annuels dans une agence de communication. Ensuite, quand j’ai changé de structure, et dès que je suis arrivée dans une ESN ç’a été des grilles de salaire de 40 K€ brut annuel qui est le salaire en sortie d’école d’ingénieur. En tout cas, à l’époque. J’ai eu la chance d’être augmentée chaque année de façon régulière. Ça permet d’arriver en fin de carrière à de belles rémunérations. Mais je précise quand même qu’il y a beaucoup d’autres choses qui comptent.
Bertrand
Est ce qu’il y a également, des primes, des intéressements ? Est ce que tu es « incentivée » dans ton métier ?
Emeline
Oui, au total, je dirais que ça revient à quasiment un treizième mois.
Bertrand
D’accord. Emeline, peux-tu nous dire quel a été le plus grand défi que tu as dû relever dans ce métier ?
Emeline
Ç’a été en changeant de structure, de gérer des projets avec des montants complètement différents. Dans la première structure, j’encadrais des projets de 10 000€. En changeant de structure, ç’a été fois 10 sur le budget, donc des budgets à 100 000 €, 200 000 € ou 300 000€. Ce n’est pas mon argent, mais c’est quand même une grande responsabilité. Ça, c’est assez impressionnant au début.
Bertrand
On fait attention à l’argent des autres… Pourrais-tu nous parler d’une anecdote qui te serait arrivée dans ce métier ?
Emeline
Je pense à une structure dans laquelle il n’y avait pas d’outil de versionning, pour versionner le code des développeurs. Donc régulièrement, on avait deux personnes qui écrasaient le code de l’autre. En conséquence, cela veut dire reprendre à zéro le projet : tout a disparu, il faut tout recommencer.
Bertrand
Il y avait de la bataille en interne et ce n’était pas géré ?
Bertrand
Non, ce n’était pas bien géré.
Bertrand
Changerais-tu quelque chose dans ton parcours si tu avais une baguette magique ?
Emeline
Je ne changerais une seule chose, et ce serait d’avoir une expérience en anglais. Soit en étant scolarisée dans un pays anglophone, soit à travers une expérience professionnelle à l’étranger.
Bertrand
Ça tombe bien parce que la communauté du Gagne-Pain nous interroge souvent sur l’utilisation de l’anglais dans les métiers du digital. Tu vois ça comment ? C’est important ?
Emeline
C’est essentiel à l’écrit puisqu’on a beaucoup de documentation en anglais. Toutefois, à l’oral, personnellement, ça ne m’arrive quasiment jamais. Ça a dû m’arriver une fois en neuf ans d’utiliser l’anglais en soutenance.
Bertrand
Parce que tu as peu de clients internationaux. C’est des clients français, donc on leur parle en français ?
Emeline
Oui, c’est ça. On est une boite franco-française. On a des clients, beaucoup du secteur public en France.
Bertrand
Peux-tu également nous décrire un projet sur lequel tu as aimé travailler ?
Emeline
Je citerai le Téléthon, organisé par l’AFM Téléthon qui est un projet associatif. C’est la plus grande collecte de fonds en France et surtout, c’est un projet qui a du sens. J’ai eu l’occasion d’être investie personnellement auprès de mon client pendant le week-end du Téléthon. Par conséquent les 30 heures, le premier week-end de décembre. Depuis deux ans je le fais avec eux. La première année comme bénévole et la deuxième année comme la cheffe de projet qui est d’astreinte pour gérer le site s’il y a des problèmes. Etre dans la Buzz Room des plateaux de France Télévisions avec les stars, les bénévoles, les parents, les malades, c’est une très, très belle expérience.
Bertrand
Emeline, peux-tu nous dire quelles sont les bonnes formations pour faire ce métier de chef de projet web ?
Emeline
Je doute qu’il y ait une formation type. Je pense qu’il faut juste un niveau master dans une école, soit une école généraliste, soit une école spécialisée en gestion de projet Web. Mais ça va être important pour les différents types de structures dans lesquelles on peut évoluer. Typiquement, dans une agence de communication, on peut sortir d’une école de communication. Pour rentrer dans une ESN, il est important d’avoir un bagage technique pour toute la logique de traduction dont j’ai parlé tout à l’heure. Et d’avoir fait une école d’ingénieurs.
Bertrand
D’accord, cela dépend vraiment de l’entreprise dans laquelle tu travailles et certainement aussi du secteur sur lequel l’entreprise travaille ?
Emeline
Oui, et ça peut jouer aussi sur le salaire. Et c’est la question qu’on a vue tout à l’heure.
Bertrand
D’accord. Et, toi, continues-tu à te former régulièrement ?
Emeline
Oui, j’ai la chance de cumuler du CPF (compte personnel de formation). Donc ça, c’est dans l’entreprise, les années de travail dans l’entreprise qui permettent d’avoir un budget pour se former. Moi, j’ai eu plusieurs formations proposées par l’entreprise. Scrum Master, Product Owner, également une formation à la facilitation graphique. C’est trois formations. Plus récemment, j’ai suivi le MOOC de L’INRIA sur le numérique responsable.
Bertrand
C’est assez sérieux en termes d’intensité ce que tu fais sur ta formation ?
Emeline
On essaie de se garder à jour.
Bertrand
Est-ce qu’il y a des certifications professionnelles dans ce métier ? Si oui, lesquelles ?
Emeline
Je pense que c’est lié aux deux premières formations que j’ai citées. La certification Scrum, c’est une certification proposée par Scrum Alliance et d’autres organismes. Et PSPO avec la certification Product Owner
Bertrand
Est-ce qu’il y a des ressources disponibles en ligne ou ailleurs pour se former soi-même à ce métier ?
Emeline
Le grand classique, c’est Open Classrooms. Bien sûr, on va trouver tout type de formation et je pense qu’il y en a sur la gestion de projet Web. Mais il y en a aussi sur l’intelligence artificielle, sur différents langages Web de programmation, etc. Et, je suis un peu obligée de citer aussi les Meetup. Ce n’est pas des ressources en ligne, mais c’est des ressources physiques, c’est juste de l’humain.
Bertrand
Peux-tu expliquer à ceux qui nous écoutent ce que c’est qu’un meetup ?
Emeline
Ce sont des rencontres organisées par des particuliers ou des professionnels autour de thématiques. Il y a des meetup dans tous les domaines, pas que dans le milieu professionnel. Il y a des Meetup pour aller voir une expo, pour aller dessiner, pour aller faire du sport, etc. C’est très riche, la communauté des meetup à Paris pour développer ses compétences professionnelles également.
Bertrand
Ça permet un peu de networking ?
Emeline
Oui, complètement. On rencontre des gens.
Bertrand
C’était un des sujets que tu évoquais tout à l’heure qui plaisaient dans ce métier ?
Bertrand
Oui, on rencontre des gens et on découvre des locaux aussi et d’autres entreprises. C’est intéressant aussi ce type d’échanges.
Bertrand
Emeline, peux-tu nous décrire la journée type d’une cheffe de projet Web ?
Emeline
Une journée type, c’est beaucoup d’emails et beaucoup de réunions. Je passe peut-être entre deux heures et quatre heures par jour, entre 25% et 50% de mon temps en réunion, des réunions clients ou des réunions d’équipe. Les réunions tournées vers l’extérieur. Ça va être des ateliers de conception fonctionnelle. On en a parlé, mais des réunions de pilotage, de suivi du projet et les réunions internes pour s’assurer qu’on a toutes les bonnes ressources à disposition sur le projet, que tout le monde est staffé.
Bertrand
D’accord, donc t’as vraiment cette partie interface entre l’interne de ta boîte et les clients à l’externe ?
Emeline
Oui, complètement. Et, je rajouterais qu’il ne faut pas avoir peur d’être interrompu dans ce métier. Ça fait partie du quotidien, malheureusement. C’est aussi la chance qu’on a de parler à plein de gens. Mais cela veut dire que je peine à trouver quatre heures de libre pour me concentrer sur la production d’un document en particulier. Je vais plutôt le découper, ce temps, en deux fois deux heures, quatre fois une heure.
Bertrand
Tu vas prévoir que tu peux être dérangée ?
Emeline
Oui.
Bertrand
Ok. Et, la gestion des emails, tu as dit que c’était important aussi. Ca veut dire là aussi gérer de l’interne de l’externe ? À chaque fois, c’est le même miroir ?
Emeline
Oui, surtout de l’externe. Ce qu’on m’a appris très tôt, c’est que je n’ai pas forcément besoin de répondre immédiatement aux mails. En revanche, accuser réception, c’est quand même important dans notre métier. Donc dire : « Oui, j’ai vu, mais j’y répondrai plus tard ».
Bertrand
Pour la gestion interne, vous n’utilisez autre chose que l’email ? Avez-vous un outil de gestion de projet ?
Emeline
Oui, on est sur Microsoft Teams. On a des canaux et on échange directement sur Teams.
Bertrand
Ok. Il y avait une question, quand on a préparé cet entretien, qui était la vie pro, la vie perso. Comment tu gères ça ?
Emeline
Moi, j’ai la chance d’être dans une structure qui a un grand respect de la vie pro et perso. On a des horaires tout à fait raisonnables. On a beaucoup de chefs de projet qui ont mon âge avec des enfants. Personnellement, je n’ai pas d’enfant, ce qui me laisse une plus grande liberté, l’occasion de faire beaucoup de projets à côté. Donc, la Fresque du Numérique, l’association Quelques femmes du numérique et des conférences, TedX que j’organise à côté.
Bertrand
Excellent. On l’a dit déjà, tu es hyperactive. Merci. Est-ce qu’il y a un mode de vie type dans ce métier ?
Emeline
Du coup, mode de vie ? Je pense que tu parles du télétravail, c’est un peu la question. Qui nous occupe. C’est le mode de vie qui a éventuellement changé depuis le confinement. On a appris comme tout le monde à télétravailler. Aujourd’hui, Klee Group n’a pas fait le choix de proposer du 100% télétravail. On a trois jours de présence sur site par semaine, donc deux jours de télétravail. Ce qui est bien, je trouve, c’est un bon équilibre parce que c’est confortable d’être chez soi. On a tous appris à avoir ce cadre de travail pendant le confinement, mais c’est aussi important d’avoir les connexions et les discussions autour de la machine à café, autour du déjeuner. C’est ces discussions informelles qui sont importantes aussi dans le métier.
Bertrand
Pour les plus jeunes qui nous écoutent, peut-on directement commencer en télétravail Ou est-ce quand même bien d’être un peu accompagné au démarrage dans l’entreprise ?
Emeline
Ça me paraît compliqué de démarrer 100% en télétravail. On a besoin d’avoir quelqu’un à nos côtés, d’être accompagné. Je pense que c’est hyper important.
Bertrand
Quels seraient tes conseils pour ceux qui nous écoutent et qui souhaiteraient se lancer dans ce métier de cheffe de projet ?
Emeline
Je leur conseillerais d’aller parler aux autres. On a souvent l’impression que les gens sont inaccessibles et tout le monde est passé par là. Tout le monde a envie aussi d’aider les autres. Allez discuter avec les autres, allez à des meetups, on en a déjà parlé…
Bertrand
Ne pas avoir peur et poser des questions ?
Emeline
Oui, c’est un peu la philosophie « Qui ne tente rien n’a rien ».
Bertrand
C’est plutôt bien. Est-ce qu’également, tu pourrais nous conseiller des choses d’un point de vue plus culturel, des films, des séries, des podcasts, en rapport avec ce que tu fais et ce que tu as présenté aujourd’hui ?
Emeline
Je pense à des séries ou des podcasts autour du numérique responsable. Je pense à L’Octet Vert de Tristan Nitot, qui fait aussi beaucoup de vélo. On n’en a pas parlé, mais je vais au travail à vélo… Le podcast Techologie. Il y a aussi le documentaire sur Arte, Invisibles : les travailleurs du clic qui permet de s’apercevoir de la face cachée du numérique et de nos métiers.
Bertrand
Excellent. Il y avait une question abordée quand on a préparé cette interview, sur le sens au travail. Peux-tu nous dire deux mots là-dessus et notamment sur ce petit souvenir d’enfance que tu as ?
Emeline
Je crois que l’objectif, c’était de trouver une question à poser au prochain interviewé sur Le Gagne-Pain. La question que j’ai reprise, c’est celle que j’ai posée à ma mère très tôt, qui travaille en santé. Je lui ai dit « Maman, comment tu trouves du sens dans ton travail ? » Pour un médecin, c’est facile, de trouver du sens. Et je me suis donc régulièrement posée cette question. J’ai bien conscience que c’est un luxe de se poser cette question. Mais, si on a la chance de se la poser, alors il faut se la poser. Ça permet de se réaligner, de se dire « Pourquoi je fais ce que je fais ? Est-ce que je suis toujours alignée sur mes valeurs ? » Et si besoin, envisager une réorientation.
Bertrand
D’accord, excellent. Je trouve que c’est une très bonne réflexion à avoir en permanence. En conclusion, quelles sont les évolutions envisages-tu ?
Emeline
Évolution professionnelle, j’aimerais conserver 50% de mon temps à de la gestion de projet, très opérationnelle, dans le concret. Et 50% de mon activité à des activités transverses, de la facilitation graphique, de la prise de parole en public, de la formation aussi et toujours aussi le numérique responsable.
Bertrand
D’accord. J’ai une toute petite question complémentaire. Tu as dit que tout à l’heure, il ne fallait pas craindre de rencontrer les autres. Si ceux qui nous écoutent veulent te questionner, comment peuvent-ils le faire ?
Emeline
Linkedin, je recommanderais d’utiliser mon compte LinkedIn. C’est une plateforme propriétaire, il faut avoir un compte, tout ça. Il y a aussi Mastodon le nouveau Twitter, entre guillemets, plus libre, plus respectueux.
Bertrand
Ok, on choisira l’un des deux. Merci beaucoup Emeline.
Emeline
Merci, à bientôt. Bonne journée.
