page title icon Lead Product Designer – Marion Schildknecht

Salaire, missions et parcours d’un Lead Product Designer : tout savoir sur le métier et ses débouchés

Lead Product Designer Salaire

35K€ brut/an en junior, jusqu’à 60-70K€ brut/an en senior selon profil et secteur.

Lead Product Designer Formation

Bac+3 à Bac+5 en design, école spécialisée (Gobelins, Strate, CY) ou reconversion.

Lead Product Designer c’est quoi

Conçoit l’expérience utilisateur d’outils digitaux en entreprise, alliant stratégie et terrain.

Notes du podcast et liens utiles :

Notre invité : Marion Schildknecht –  Profil LinkedIn

Interview faite par : Bertrand Jonquois –  Profil LinkedIn

Retrouvez la transcription intégrale du podcast Le Gagne-Pain pour obtenir toutes les informations concernant le métier de Lead Product Designer.

Bertrand
Merci beaucoup Marion d’avoir accepté l’invitation du Gagne-Pain. Tu es Lead Product Designer chez Air Liquide. On va avoir l’occasion d’expliquer ça dans le détail. Mais avant, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Marion
Je m’appelle Marion Schildknecht, j’ai 31 ans et je suis originaire du nord de la France, à Amiens. J’ai fait des études de communication à Lille 3, à l’université, en DUT Communication et Information. Suite à cette première expérience, j’ai continué sur une licence à Paris à l’École des Gobelins, une licence de chef de projet en Communication et Industrie Graphique. Cette licence, je l’ai faite en alternance. C’était une super voie et j’en suis très contente. Et ça m’a donné l’opportunité d’aller travailler à l’étranger. Donc c’est comme Erasmus, mais pour les personnes qui ont fait de l’apprentissage. Et ensuite, j’ai travaillé quelques années, mais j’ai décidé de revenir à l’école. J’ai repris un master en design d’expérience utilisateur dont on va parler aujourd’hui.

Bertrand
L’expérience utilisateur, on va beaucoup en parler. Est-ce que tu peux également présenter ton parcours professionnel avant l’entreprise dans laquelle tu travailles aujourd’hui ?

Marion
Je pense qu’il y a trois expériences professionnelles qui m’ont marquées. Une première à la Fédération équestre allemande, une autre en startup et puis une autre dans une plus grosse entreprise.

Bertrand
D’accord. On va commencer par la fédération équestre ?

Marion
Oui, effectivement, quand j’ai eu l’opportunité d’avoir cette bourse d’études, je voulais partir travailler en Allemagne pour continuer à parler allemand. Et aussi pour prendre de la rigueur dans mon travail, puisque c’est bien connu, la rigueur allemande… Et en parallèle, évidemment, je suis cavalière et je m’étais dit, où est-ce que je pourrais aller ? Au pire, si ça se passe mal, ce n’est pas grave, il y aura les chevaux. Et donc la fédération Équestre, c’est une fédération sportive, ça ne pourra que bien se passer. Effectivement, c’était absolument génial.

Bertrand
Ok, c’était ta première expérience ?

Marion
Exactement. Suite à ça, j’ai été débauchée par une entreprise française, une startup, qui faisait des capteurs connectés pour le domaine de l’équitation.

Bertrand
D’accord.

Marion
C’est comme des Fitbit pour courir, peut-être que vous connaissez, mais pour les chevaux. On le place en dessous de la selle et ça permet de monitorer son rythme cardiaque, la locomotion…. Donc j’étais responsable communication de la startup et je m’occupais de tout ce qui était stratégie de marque, stratégie réseaux sociaux, les relations Presse, les événements et tout ça en trois langues, français, anglais et allemand.

Bertrand
Beaucoup de choses ?

Marion
Beaucoup de choses, effectivement.

Bertrand
Ok. Et ta troisième expérience ?

Marion
La troisième expérience, c’était à Décathlon, une plus grosse entreprise où je voulais d’abord postuler en master en alternance. Et comme j’avais un petit peu de temps avant de reprendre mes études, je m’étais dit, je vais aller voir ce qui se passe sur le terrain. Donc j’avais postulé pour être vendeuse. Et finalement, au vu de mon CV et de mes expériences précédentes, on m’a proposé un poste de responsable de rayon. Donc j’avais une équipe de neuf personnes à manager dans le rayon running, Trail et Sport Collectif. C’était complètement différent de la communication. J’ai appris plein de nouvelles choses. Et en parallèle, j’ai découvert le design d’expérience et du coup, j’ai décidé de me reconvertir.

Bertrand
Merci beaucoup Marion. Est-ce que maintenant, on peut parler de l’entreprise dans laquelle tu travailles aujourd’hui ?

Marion
Je travaille depuis cinq ans chez Air Liquide. C’est souvent connu par le nom, mais pas vraiment concrètement sur ce que l’on fait. Air Liquide, c’est un des leaders mondiaux du gaz pour l’industrie. Pratiquement, ça va être le gaz à l’hôpital, c’est la thématique la plus connue. Quand on va à l’hôpital ou la maison, une bouteille d’oxygène si on a besoin. Quand on est dans un bar ou à la maison et qu’on veut du soda. Les bulles du soda viennent du gaz qu’on fabrique. Ou encore, les composants de nos téléphones portables peuvent être fabriqués avec du gaz d’Air Liquide.

Bertrand
D’accord. Air liquide, ce n’est pas du tout du gaz pour réchauffer les maisons ?

Marion
Non, ce n’est pas du gaz naturel, effectivement.

Bertrand
Est-ce que tu peux décrire un peu l’entreprise et surtout l’endroit où toi, tu travailles à l’intérieur de cette entreprise ?

Marion
Air Liquide, c’est une entreprise de 65 000 employés. C’était très gros et on est partout dans le monde, et c’est une entreprise française. J’ai d’abord passé quatre ans à la Digital Factory, une entité qui a vocation de travailler sur des projets d’innovation. Donc très en amont des phases de projets pour aller dérisquer. C’est-à-dire qu’on a peut-être une bonne idée de mise à jour d’un outil ou de nouveaux procédés dans l’entreprise. Et on va aller tester si cette idée est bonne à suivre ou si elle n’est pas réalisable.

Bertrand
D’accord. On va vraiment se rendre compte si c’est une vraie bonne idée ou une fausse bonne idée ?

Marion
Exactement. Dans cette entité, j’étais au sein d’une équipe de designers. On n’est pas nombreux, une vingtaine de personnes. Il y avait aussi des développeurs, des chefs de projets. Et c’était réellement mon envie quand je suis arrivée dans cette entreprise, d’avoir des designers séniors qui pouvaient m’aider à monter en compétence. Et j’étais très contente parce que c’était une très chouette équipe.

Bertrand
D’accord. Et donc après, tu as évolué dans cette entreprise et tu as un nouveau rôle ?

Marion
Effectivement, depuis un petit peu plus d’un an, j’ai quitté la « Digital Factory » pour rejoindre un programme stratégique de l’entreprise qui s’appelle Align. Dans le but d’aligner tous les process, métiers, toutes les méthodologies et tous les outils digitaux sur le périmètre européen.

Bertrand
Maintenant, tu es Lead Product Designer. Qu’est-ce que ça veut dire Lead Product Designer ? Que fais-tu concrètement ?

Marion
Je suis en charge de l’expérience utilisateur et de la cohérence de l’expérience utilisateur. De tous les outils digitaux qui vont être amenés à être mis à jour ou qu’on crée dans le cadre de ce programme-là. C’est-à-dire que mes collègues qui sont les utilisateurs finaux vont être amenés à utiliser potentiellement plusieurs outils. Il faut garder une cohérence entre tous ces outils pour faciliter leur travail.

Bertrand
Un point important que tu as dit, ce sont les outils sur lesquels tu travailles, ce sont les outils qui sont mis à disposition de 65 000 collaborateurs d’Air Liquide. Ce ne sont n’est pas des produits grand public ?

Marion
Exactement, ce n’est pas du tout visible du grand public ce que je fais. Parce que je travaille pour mes collègues de la finance, mes collègues qui sont commerciaux, mes collègues qui peuvent être dans la partie supply chain, dans les usines, les opérateurs des usines. Le terrain de jeu est très vaste…

Bertrand
D’accord. Et alors, comment ça se passe ? Qu’est-ce qu’on fait concrètement ? Est-ce que tu peux citer un produit sur lequel tu travailles et les évolutions que tu as apportées ?

Marion
Oui, complètement. Déjà, peut-être pour préciser ce que c’est expérience utilisateur, c’est toute l’expérience qui est autour d’un produit. Souvent, dans le cas de mon rôle, c’est principalement digital. Ça peut être un service ou un produit physique. Si je prends l’exemple d’un sujet précis sur lequel je travaille. C’est une application qui est à destination des opérateurs dans nos usines, qui va leur permettre de scanner les bouteilles de gaz qu’on remplit. Pour pouvoir dire, celle-là, elle a été remplie, celle-là, elle n’est pas encore remplie, celle-là, elle est prête à partir chez le client. Les opérateurs, eux, sont très éloignés du digital et ils ont des taches très physiques. Mon but, c’est de les aider, de faciliter leur travail tout en prenant en compte le contexte de l’usage de l’application, qui est de travailler en usine par tout temps, soleil, pluie, été, hiver… Et de mettre ça en balance avec la vision stratégique en termes de management dans l’entreprise et la faisabilité technique, les développeurs.. Et c’est là qu’on revient sur l’expérience utilisateur (UX).

Bertrand
Ces salariés de l’entreprise doivent pouvoir utiliser correctement l’outil, que ça fonctionne, que ça soit simple. Qu’effectivement, ça fonctionne par tous les temps. C’est ça l’idée ? Un outil facile à utiliser ?

Marion
Oui, facile à utiliser et intuitif.

Bertrand
D’accord, quelles sont les différentes missions sur lesquelles tu travailles ?

Marion
J’ai trois missions. Une première mission qui est stratégique, ensuite une mission d’évangélisation du design et je fais aussi du design opérationnel.

Bertrand
Alors, la mission stratégique, ça veut dire quoi ?

Marion
Alors, Il faut savoir que le design, l’expérience utilisateur, ce n’est pas un domaine qui est très connu chez Air Liquide dans le monde de l’industrie. Et donc, ça va être de donner le fil conducteur à toutes les équipes qui travaillent avec moi. Majoritairement des équipes digitales, pour qu’elles suivent les bons guides de ce que je recommande en termes d’expérience utilisateur. On parle d’énormément d’outils digitaux, donc je ne peux pas être dans le détail sur chacun de ces outils. Ma mission, c’est de donner le cap et de donner des templates pour qu’ils puissent suivre. Et pouvoir, quand je n’ai pas l’opportunité d’être dans l’opérationnel avec eux, arriver à avoir une cohérence d’expérience utilisateur.

Bertrand
On pourrait faire une référence en disant que c’est un peu comme une charte graphique ? Tu donnes des éléments qui permettent à chacun de se débrouiller tout seul ?

Marion
C’est à la fois une charte graphique et c’est la partie qu’on appelle User Interface(UI). On appelle ça un Design System. Il y en a un qui est produit par mes collègues de la Digital Factory. Celui-là, je n’ai pas besoin de le faire, mais par contre, je dois le partager à mes collègues qui ne le connaissent pas. Mais c’est surtout mettre en balance la vision de l’entreprise, la vision stratégique vers laquelle on va et de pouvoir mettre l’expérience utilisateur au sein de cette vision stratégique. Et ramener l’humain dans les décisions.

Bertrand
Et ça, au niveau européen ? Ça veut dire sur plusieurs marchés avec plusieurs langues ?

Marion
Exactement.

Bertrand
Ok, après, tu as parlé d’une mission d’évangélisation du design. Ça veut dire quoi ?

Marion
Comme je l’ai mentionné juste avant, le design, ce n’est pas connu chez Air Liquide. En tout cas, ça commence à l’être, évidemment, puisque ça fait une dizaine d’années qu’il y a des designers d’expérience utilisateur. Mais il y a beaucoup de mes collègues qui sont dans l’entreprise depuis 30 ans et ils n’ont jamais vraiment travaillé avec des designers. Quand je suis arrivée sur le programme, il n’y avait personne avant moi. Donc j’etais le seul designer et il faut que j’explique où je peux amener de la valeur, et comment je peux leur amener de la valeur. Ça passe par beaucoup de sensibilisation, de formation de mes collègues, que ce soit la partie technique ou la partie plutôt métier. C’est ça ce que j’appelle l’évangélisation, c’est diffuser la culture design dans le groupe.

Bertrand
Ok. Et si on essayait de quantifier, ça pèse combien dans ton temps ? L’évangélisation, c’est beaucoup ?

Marion
Ç’a été beaucoup au tout début quand je suis arrivée, puisqu’ils ne connaissaient pas du tout. Je continue à le faire. On va dire que maintenant, c’est 10 à 20% de mon temps, car c’est surtout pour les nouveaux arrivants ou les personnes avec qui je n’ai pas encore travaillé. Sur le programme sur lequel je travaille, on est un peu plus de 120, donc ça fait quand même du monde. Et quand je rentre dans la partie opérationnelle, que l’on mentionnera juste après, là, ils ont besoin d’aller plus en profondeur sur ce que ça fait exactement un designer.

Bertrand
D’accord, la troisième mission est une mission de design plus opérationnelle, qu’est-ce que ça veut dire ? Comment ça se passe ?

Marion
Le design opérationnel, c’est vraiment mon rôle d’ex-designer dans ma mission précédente et dans mon entité précédente. Pour plusieurs outils au sein du programme stratégique, on a identifié différents domaines sur lesquels j’ai réellemenU besoin d’intervenir. Donc, je vais aller faire ce qu’on appelle de la recherche utilisateur. C’est souvent appelé user Research en anglais. C’est aller à la rencontre des utilisateurs sur le terrain. Aller passer du temps avec les opérateurs en usine, avec les commerciaux pour comprendre comment ils travaillent, ce qui est problématique pour aujourd’hui et quelle est la valeur que l’on peut créer. Je vais ensuite structurer ça en fonction du besoin métier stratégique et le mettre en balance avec la faisabilité technique. Je dis fréquemment que je suis à la croisée de ces trois domaines : besoins utilisateurs, décisions et visions stratégiques, besoins business et la faisabilité technique. Et une fois que j’ai fait maturer ça et que j’ai itéré avec les équipes projets, je vais faire ce qu’on appelle des maquettes. C’est-à-dire représenter, illustrer l’outil final. C’est complètement no code et ça permet de pouvoir continuer d’itérer et d’aider les équipes projets à se projeter dans un outil.

Bertrand
Marion, est-ce que tu peux maintenant nous dire pourquoi tu as choisi ce métier ?

Marion
C’est une bonne question. Ce qui m’a tout de suite plu dans ce métier, c’est l’humain. Quand je travaillais en communication et en marketing, l’aspect vente, c’était quelque chose qui était un peu en dehors de mes valeurs. Et moi, ce qui m’intéresse, c’est d’aider les gens. Alors, on ne peut pas toujours tout résoudre, évidemment, mais j’avais de la frustration dans la communication. Quand j’ai débuté en tant que Designer, j’ai commencé à aller sur le terrain, à questionner et à découvrir plein de métiers. Je me suis rendu compte que je pouvais avoir un impact positif sur leurs conditions de travail. Et le rôle que j’occupe aujourd’hui chez Air Liquide, me permet de le faire encore plus que mon précédent rôle. C’est-à-dire remettre de l’humain dans les décisions stratégiques. C’est ça qui fait vraiment le sens de mon travail.

Bertrand
D’accord. Et c’est un des éléments qui t’a permis à la fois de choisir ce job, mais aussi d’y rester ?

Marion
Oui, exactement. J’y reste parce que je vois que ça marche. Effectivement, il y a encore plein de choses à construire et c’est super chouette de pouvoir aider les équipes techniques, les équipes métiers à sortir la tête du guidon, prendre un petit peu de recul. Et à se dire que l’on travaille sur un outil digital et qu’il y a plein de choses à faire avec de l’intelligence artificielle, de la data. On a des contraintes techniques, mais à la fin, il y a des humains derrière qui vont utiliser cet outil et on doit juste les aider à mieux faire leur travail. Et ça, parfois, quand on a la tête dans le projet, on l’oublie un petit peu.

Bertrand
Ça rejoint un peu l’exemple que tu citais tout à l’heure avec les bouteilles et les gens dans les usines. Tu vas leur faciliter la vie, tu vas être un facilitateur pour leur métier ?

Marion
Ou en tout cas, on ne va pas leur compliquer la vie, surtout malgré que l’on ait une stratégie qui doit les rendre plus performants dans leurs tâches.

Bertrand
Est-ce que tu peux maintenant nous dire quelles sont les trois principales compétences qu’il faut pour faire ce job ?

Marion
Il faut beaucoup d’empathie pour pouvoir être designer.

Bertrand
Ça rejoint ce que tu viens de dire. Il faut écouter les autres, il faut les entendre ?

Marion
Exactement, ça passe par beaucoup de curiosité. De la curiosité envers les équipes projets, que je citais tout à l’heure, parce qu’il faut comprendre quels sont les objectifs de chacun. Pourquoi ils posent ces questions-là ? Pourquoi ils me demandent de faire certaines choses ? Il faut que je comprenne la technique, il faut que je comprenne la partie métier, mais il faut aussi que je comprenne le métier des gens pour qui on déploie ces solutions digitales. Ça, c’est super important. Et ce n’est pas toujours bien connu dans l’entreprise. On doit être inclus dans beaucoup de discussions, même si c’est technique, alors qu’on n’est pas des experts, finalement.

Bertrand
Dans les compétences, tu as cité l’adaptabilité en numéro 2. Ça veut dire quoi précisément ?

Marion
Pouvoir s’adapter rapidement à des changements de situation. Je pense que ça fait partie des choses de la vie qui et c’est super important, mais encore plus en design. C’est-à-dire que je peux avoir des décisions stratégiques qui changent. Peut-être que mon management a changé et donc, il y a une autre vision qui se met en place. Il faut pouvoir être réactif. Ça, c’est hyper important. Ou alors, j’ai une contrainte technique et dans toute l’expérience qu’on avait pensée, on n’avait pas vu cette contrainte technique arriver et il faut repenser, refaire, se réadapter, itérer, revenir, retester. Donc voilà, beaucoup d’adaptabilité.

Bertrand
Et un esprit d’analyse et de synthèse, c’était aussi une compétence importante ?

Marion
Oui, tout à fait. Quand on va à la rencontre des utilisateurs, on va avoir plein de retours utilisateurs. Que ce soit macro ou très spécifique. Je vais avoir des gens en Europe qui vont me dire, moi, en France, je fais ça, et en Allemagne, ils font autrement. Et en Suède, ils font encore différemment. Et donc, quand on restitue cette recherche utilisateur aux équipes projets, il faut bien synthétiser sur la récurrence de ses retours, sur ce qui est revenu de manière récurrente dans chacun des pays testés. Et ça, ça demande pas mal de prix de synthèse.

Bertrand
Je comprends. Alors attention, QGP, la question Gagne-Pain. Combien ça gagne dans ton métier ?

Marion
C’est une bonne question et je pense que ça dépend aussi du domaine dans lequel on travaille. On peut être designer dans le privé ou dans le public. On peut être designer seul dans une entreprise ou on peut être à plusieurs dans une équipe. Et il y a la région parisienne versus le reste de la France. Ça, je pense que c’est pareil pour tous les autres domaines. En moyenne, un junior, il va commencer à environ 35K€.

Bertrand
35K€ bruts, annuels ?

Marion
Oui, et après, on peut évoluer sur des postes plus séniors. Ça va dépendre si on est freelance ou pas freelance. Les entreprises privées vont potentiellement avoir plus de financement, mais on peut monter jusqu’à 60 à 70K€ brut annuels.

Bertrand
Ok. Est-ce que tu peux également nous dire, Marion, quel a été le plus grand défi que tu as eu à relever quand tu es arrivée dans ce métier ?

Marion
Je pense que ça reste l’évangélisation que j’ai mentionnée tout à l’heure. Tous les jours, je travaille avec des personnes qui ne connaissent pas du tout mon métier. Ça arrive régulièrement, ils sont peut-être dans l’entreprise depuis 20 ou 30 ans, ils ont une très grande expérience dans le monde de l’industrie. Et ils ne croient pas forcément en la valeur que je peux leur apporter puisqu’ils ne connaissent pas ce métier. Ils ont du mal à imaginer que j’arrive à monter en compétence rapidement sur des domaines souvent très complexes. Et ça, c’est super challengeant. C’est-à-dire qu’à force d’aller sur le terrain et d’aller à la rencontre des utilisateurs, cela me permet de leur faire des retours sur des usages très spécifiques qu’ils connaissent, mais qu’ils ont parfois oubliés. Et le fait de les mentionner, de dire, en fait, l’opérateur avec qui j’ai travaillé la semaine dernière, on a regardé, il a fait ça et ça. Et en fait, c’est une récurrence parce que je l’ai déjà vu ailleurs, fait que ça leur fait un petit effet Waouh ! Oui, elle n’a pas passé dix ans dans une usine comme moi, mais en fait, elle est bien consciente du sujet et elle a bien les connaissances nécessaires pour pouvoir faire des recommandations pertinentes. Bien sûr, je ne suis pas une experte, ça reste eux les experts.

Bertrand
D’accord. Et donc ton défi, c’est de jouer ce rôle d’aiguillon pour leur faire passer des idées auxquelles ils ne croyaient pas forcément ?

Marion
Exactement, de leur faire voir les projets sous un autre angle.

Bertrand
Ils ont du mal à accepter ça de la part d’une jeune fille qui débarque, c’est ça ?

Marion
Je ne sais pas s’ils ont du mal à accepter. En tout cas, ça les surprend et ils ne sont pas habitués à avoir des gens qui peuvent monter en compétence rapidement.

Bertrand
Maintenant, tu es contente de réussir à le faire ?

Marion
Tout à fait. Désormais, ils sont très satisfaits de travailler avec moi.

Bertrand
Excellent. J’avais une autre question sur les tâches quotidiennes pour essayer de comprendre quelle est la tâche quotidienne qui te plaît le plus et celle qui te plaît le moins ?

Marion
Je ne dirais pas que c’est une tâche quotidienne qui me plaît le plus, parce que malheureusement, je ne peux pas y aller tout le temps. Mais la User Research, qui consiste à aller sur le terrain à la rencontre des personnes ou quand je veux aller tester un outil…

Bertrand
La User Research, que l’on peut traduire par la Recherche Utilisateur ?

Marion
Exactement. C’est vraiment très chouette parce que l’on découvre des métiers qu’on ne connaît pas du tout. C’est réellement ce qui m’anime et ce qui me rend très dynamique sur les projets. C’est de me battre pour eux. Et peut-être ce qui me plaît le moins, mais j’ai la chance de plus le faire en ce moment. Mais dans mon entité précédente, je devais pointer mon temps sur les projets puisque je travaille sur plusieurs projets en parallèle. Et on avait des financements internes, donc il fallait bien mesurer ça. Et Ça, j’avoue que la partie un peu plus administrative est un peu moins mon truc.

Bertrand
Marion, quelle a été ta plus grande surprise dans ton métier de Lead Product Designer ?

Marion
Je pense que la plus grande surprise, c’est la variété des sujets. Finalement, l’expérience utilisateur, c’est une méthodologie qui est applicable à pas mal de domaines. Dans mon entreprise, j’ai en plus un terrain de jeu très, très vaste. Mais je pourrais être designer dans le public. Il y a d’ailleurs un réseau des designers du public. Je pourrais être designer dans un hôpital. Je sais que les hôpitaux de Paris embauchent des designers et je pourrais rester dans le privé comme c’est le cas aujourd’hui et travailler pour une autre entreprise dans un secteur complètement différent. Donc ça, c’est vraiment ce qui fait diversité et la variété du job. Et le fait de pouvoir être freelance ou dans une équipe, ou de travailler en tant que designer seul ou de travailler dans une équipe de designers. C’est très varié.

Bertrand
C’est intéressant pour ceux qui nous écoutent. Ça veut dire qu’il y a des potentiels sur ce métier ? Il y a beaucoup de secteurs, beaucoup de typologies d’organisations d’entreprises pour ce job. On peut faire ce métier un peu partout ?

Marion
Exactement.

Bertrand
Est-ce que tu changerais, toi, quelque chose dans ton parcours actuel ? Ce que tu as fait pour en arriver là ?

Marion
En fait, je pense que je n’aimerais pas changer quelque chose. J’ai eu des expériences très difficiles. J’ai fait un burn out sur mon premier CDI. J’ai ensuite des expériences de management pas forcément très faciles. Mais ça fait partie de la vie et de l’expérience professionnelle. Et c’est comme ça qu’on grandit, c’est comme ça qu’on prend de la maturité. Donc certes, il y a eu des moments vraiment difficiles, mais j’ai rebondi et je suis réellement contente d’être arrivée là où je suis aujourd’hui. En conséquence, ce n’est pas parce qu’on vit une mauvaise expérience que c’est la fin du monde. Ça va sûrement arriver à beaucoup de gens de vivre des choses moins agréables que d’autres, mais on rebondit et il faut prendre le temps de digérer pour pouvoir mieux rebondir.

Bertrand
Quand on a préparé cette interview, c’était un sujet qui te tenait à cœur. Tu avais envie aussi de passer ce message à ceux qui nous écoutent. On doit pouvoir ressortir vivant et plus fort d’une expérience difficile ?

Marion
Oui, exactement. Je pense que maintenant, j’ai 31 ans, mais la Marion de 21 ans qui a fait un burn out, aurait bien aimé avoir quelqu’un qui lui dise, prends le temps de digérer. C’est difficile, mais ne t’inquiètes, tu vas rebondir. Et à ce moment-là, j’étais perdue. Je ne voulais même plus retourner travailler tellement j’avais perdu confiance en moi. C’est bien de prendre le temps de digérer, mais il faut vite rebondir et comprendre ce que l’on peut améliorer. Et ça permet aussi de comprendre ses limites, finalement.

Bertrand
Ok. Merci beaucoup pour ce témoignage. Je sais qu’il n’était pas facile, mais il est important pour ceux qui nous écoutent. Est-ce que tu pourrais aussi répondre à une question qui revient souvent de la part de la communauté du Gagne-Pain sur l’utilisation de l’anglais. Beaucoup de jeunes s’interrogent sur l’anglais et je crois que ta réponse est assez claire ?

Marion
Effectivement, moi, je suis dans une entreprise internationale, donc la langue principale, c’est l’anglais. Tout ce qu’on rédige doit être écrit en anglais pour que n’importe qui dans l’entreprise puisse lire les documents que l’on rédige. Maintenant, moi, j’étais anglais LV2. J’ai fait allemand LV1 et j’ai toujours continué de parler allemand. Et quand je suis arrivée, je n’avais pas un niveau d’anglais exceptionnel, pour être tout à fait honnête. J’ai appris l’anglais quand je suis partie travailler en boulot d’été, parce que je n’ai pas eu de professeur au collège comme j’aurais dû. Et ce n’est pas grave de ne pas estimer avoir le niveau suffisant. Finalement, je travaille avec des collègues qui sont natifs espagnols ou indiens ou allemands. Et quand on est en réunion, bien sûr, les Américains, les Anglais parlent très bien anglais, mais les autres, on est tous au même point, c’est-à-dire que ce n’est pas notre langue maternelle et on finit par se comprendre. Donc, c’est un stress sur lequel, il faut lâcher prise. Il faut se lancer et ça se passe toujours super bien. Les gens sont bienveillants.

Bertrand
Est-ce que tu peux également nous dire quelles seraient les bonnes formations, selon toi, pour faire ce métier ?

Marion
Il y a plein de formations qui existent. Bien sûr, l’École des Gobelins, c’est très connu et c’est toujours une bonne formation. Aujourd’hui, j’ai une alternante qui était à l’école CY, école de design. Il y a Strat, école de design qui existe aussi. Il y a des formations continues qu’on peut reprendre si on a déjà travaillé ou si on a fait une autre formation. Ça se trouve assez facilement.

Bertrand
Ok. Et toi, est-ce que tu continues à te former régulièrement ? Et si oui, comment et pourquoi ?

Marion
J’ai envie de répondre, évidemment. C’est super important de continuer à se former sur son métier. J’essaie de le faire continuellement en suivant des formations. Il y a un organisme de formation assez connu qui s’appelle le Nielsen Norman Group qui est un organisme de formation de design. Il y a beaucoup aussi d’articles à lire qu’ils font. Je suis aussi les formations du Laptop à Paris. Il y a plein de façons de se former via des podcasts, via des conférences. On a des réseaux de designers, Les Designers Ethiques, que je suis beaucoup. Il y a les Flupa UX Days. Et je fais aussi partie d’une association de mentorat qui s’appelle Hexagon UX. Qui a pour but d’aider des jeunes designers à monter en compétence et à gagner en confiance aussi sur leur expérience de designer. C’est un programme de quatre à six mois où des designers séniors se mettent à disposition gratuitement de « mentees » (personne qui a un mentor.) Et là, on est en train de recruter la prochaine promo…

Bertrand
Excellent. Donc, ça veut dire qu’à la fois, tu te formes et tu aides les autres à se former ?

Marion
J’espère que je pourrais leur donner ce que l’on m’a donné.

Bertrand
Il y a une question que l’on pourrait aborder en conclusion de cette interview. Comment est-ce que tu vois ton métier dans 5 à 10 ans ?

Marion
Ça, ce n’est pas facile comme question, surtout dans le courant actuel avec tous les sujets autour de l’intelligence artificielle. C’est sûr que tous les métiers du digital vont évoluer, le métier de designer également. J’espère sincèrement qu’il sera encore plus connu et déployé dans les entreprises et dans le public. Je pense qu’il faut se tenir à jour de ce qui est en train de se passer. Mais ce n’est pas évident de se projeter avec l’intelligence artificielle. Après, ça reste un métier qui tourne autour de l’humain, il ne faut pas l’oublier. Donc bien sûr, ça peut aider, mais je pense que ça ne fera pas tout.

Bertrand
Sur ce que tu disais tout à l’heure, sur la recherche d’utilisateur, ça paraît assez clair. Il faut quand même d’abord écouter ceux qui font ?

Marion
Exactement. Par contre, peut-être que les maquettes qu’on fait seront faites par d’autres équipes plus facilement dans certains cas, parce que l’intelligence artificielle le permettra. Mais toute la recherche autour de l’humain, pour moi reste fondamentale.

Bertrand
Ok. Que souhaitas-tu ajouter pour aider, ceux qui nous écoutent à construire leur carrière ?

Marion
Il ne faut pas avoir peur de se lancer dans le monde professionnel. Ce n’est pas forcément évident. Moi, j’ai fait une reconversion, donc j’ai travaillé dans la communication. Maintenant, je suis designer. On peut changer à tout moment, il n’y a aucun problème. Et puis, j’ai l’exemple de ma maman qui a repris un master à 52 ans. De ce fait, tout est réalisable, tout est possible. Ce n’est pas parce que vous étudiez dans une voie que vous allez terminer votre carrière dans cette voie-là. Et ce n’est pas parce que vous trouvez plus de sens dans la voie dans laquelle vous étudiez, que ça ne va pas vous permettre d’évoluer et de rebondir sur un autre métier qui vous plaira. Donc qui ne tente à rien, n’a rien. C’est vraiment ma phrase. Il faut y aller.

Bertrand
Ok, il y a de l’espoir. Si ceux qui nous écoutent ont envie de prolonger la conversation avec toi, comment est-ce qu’ils peuvent faire ?

Marion
Ils peuvent se connecter à moi via mon profil LinkedIn, sans faire de faute sur mon nom de famille qui est très compliqué. Je suis toujours disponible pour échanger.

Bertrand
Marion, merci beaucoup.

Marion
Merci beaucoup de m’avoir reçu. Ça m’a fait très plaisir de pouvoir partager.

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